Tous les poils ne sont pas identiques et, surtout, ils ne réagissent pas de la même manière au traitement laser.
On distingue classiquement trois grandes catégories : les poils duveteux, ou poils vellus, les poils intermédiaires et les poils terminaux.
Cette distinction est importante en épilation laser, car l’efficacité du traitement dépend notamment de l’épaisseur du poil, de sa pigmentation, de la profondeur du follicule et de son stade dans le cycle pilaire.
Les poils duveteux ou poils vellus
Les poils duveteux sont des poils très fins, courts, doux et souvent peu pigmentés. Ils recouvrent une grande partie de la surface du corps.
Ils peuvent cependant être plus visibles ou plus denses dans certaines zones, notamment sur le visage chez certaines femmes ou sur les épaules et le haut du dos chez certains hommes.
Leur follicule est généralement petit et relativement superficiel.
On pourrait donc penser qu’un poil situé près de la surface de la peau est facile à éliminer au laser. En réalité, c’est souvent l’inverse.
Le laser d’épilation cible principalement la mélanine présente dans le poil. Cette mélanine absorbe l’énergie lumineuse, qui est ensuite transformée en chaleur et transmise aux structures du follicule pileux.
Or les poils duveteux sont très fins et généralement peu pigmentés. Ils absorbent donc beaucoup moins d’énergie qu’un poil épais et foncé. Ils constituent ainsi une cible beaucoup plus difficile pour le laser.
Les poils intermédiaires
Les poils intermédiaires se situent, comme leur nom l’indique, entre le duvet et le poil terminal.
Ils sont généralement plus épais et plus pigmentés que les poils duveteux, mais moins que les poils terminaux. Leur follicule est également plus développé et plus profondément implanté dans la peau.
On peut notamment rencontrer ce type de pilosité sur certaines zones des jambes, des cuisses ou du corps.
Leur réponse au laser est variable. Plus le poil est épais et pigmenté, plus il constitue généralement une bonne cible pour le traitement.
Les poils terminaux
Les poils terminaux sont les plus épais, les plus développés et généralement les plus pigmentés.
Leur follicule est plus volumineux et peut être profondément implanté dans le derme. C’est notamment le cas de certains poils de barbe.
On retrouve des poils terminaux, par exemple, au niveau de la barbe chez l’homme, des aisselles, du pubis et de nombreuses zones des jambes.
Paradoxalement, alors qu’ils sont plus gros et parfois beaucoup plus profondément implantés, ce sont souvent les poils qui répondent le mieux à l’épilation laser lorsqu’ils sont bruns ou noirs.
La raison est simple : leur forte concentration en mélanine leur permet d’absorber une quantité importante d’énergie lumineuse.
Cette énergie est transformée en chaleur et transmise aux structures du follicule. Lorsque les paramètres du laser sont adaptés au type de peau et au type de poil, cette élévation thermique permet d’altérer les structures responsables de la production du poil.
C’est pourquoi un poil terminal brun ou noir constitue généralement une meilleure cible qu’un duvet très fin, même si son follicule est situé plus profondément.
Le poil peut évoluer au cours de la vie
La nature d’un poil n’est pas nécessairement définitive.
Sous l’influence de différents facteurs, et notamment des hormones, un poil fin peut progressivement devenir plus épais et plus pigmenté.
Les androgènes jouent en particulier un rôle important dans la transformation de certains poils vellus en poils terminaux dans les zones sensibles à ces hormones.
À l’inverse, certains follicules peuvent se miniaturiser et produire progressivement des poils plus fins.
Après plusieurs séances de laser, par exemple, certains follicules ne disparaissent pas totalement mais peuvent produire des poils plus fins, plus clairs et moins visibles.
Cette évolution explique aussi pourquoi la réponse au traitement peut changer au fil des séances.
Le rasage change-t-il la nature du poil ?
Les données scientifiques disponibles n’apportent pas de preuve solide que le rasage augmente directement le diamètre biologique du poil ou sa vitesse de croissance, ni qu’il provoque à lui seul la transformation d’un duvet ou d’un poil intermédiaire en poil terminal.
Le rasoir coupe uniquement la tige pilaire à la surface de la peau. Les études expérimentales classiques portent sur des zones précises, notamment les jambes ; elles ne constituent pas une démonstration spécifique pour toutes les zones, en particulier la barbe ou les aisselles.
Lorsqu’il repousse, son extrémité est droite et non naturellement effilée. Le poil peut donc sembler momentanément plus épais, plus dur ou plus foncé au toucher et à l’œil, ce qui ne suffit pas à conclure à une modification biologique du follicule.
Les véritables transformations de la pilosité sont principalement liées à l’évolution du follicule, à l’âge, à la génétique, aux influences hormonales ou à certaines situations médicales. La barbe et les aisselles sont des zones fortement hormono-dépendantes : l’évolution de leur pilosité vers des poils terminaux est principalement liée aux androgènes.
Le rôle des hormones
Une modification progressive de la pilosité peut être parfaitement physiologique, notamment au moment de la puberté ou au cours des différentes étapes de la vie hormonale.
En revanche, l’apparition rapide et inhabituelle de poils épais et pigmentés chez une femme, en particulier lorsqu’elle s’accompagne d’autres signes de virilisation, peut nécessiter une évaluation médicale.
Une production excessive d’androgènes peut avoir différentes origines, notamment ovariennes ou surrénaliennes.
Dans ce contexte, le rôle du médecin est essentiel : l’examen clinique et, lorsque cela est nécessaire, des examens biologiques ou radiologiques permettent d’en rechercher la cause.
Le cycle du poil est également déterminant
Un autre élément essentiel doit être pris en compte : tous les poils ne poussent pas simultanément.
Le follicule pileux passe successivement par plusieurs phases : une phase de croissance appelée phase anagène, une phase de transition appelée phase catagène et une phase de repos appelée phase télogène.
L’efficacité du laser est particulièrement liée à la phase de croissance du poil, durant laquelle le follicule constitue une cible favorable.
Or, lors d’une séance, seule une partie des follicules d’une zone donnée se trouve dans cette phase.
C’est l’une des raisons pour lesquelles plusieurs séances espacées dans le temps sont nécessaires : il est impossible de traiter efficacement l’ensemble des follicules d’une zone en une seule séance.
Pourquoi les gros poils foncés sont-ils souvent les plus faciles à traiter ?
C’est finalement tout le paradoxe de l’épilation laser.
Le poil terminal, épais et foncé, qui paraît pourtant être le plus « solide », constitue généralement la meilleure cible.
Il contient beaucoup de mélanine et peut donc absorber suffisamment d’énergie pour permettre une atteinte thermique efficace du follicule.
À l’inverse, le duvet, beaucoup plus discret, est souvent bien plus difficile à traiter parce qu’il est fin et faiblement pigmenté.
Le choix des zones à traiter, l’analyse du type de poil, du phototype, du contexte hormonal et des caractéristiques propres à chaque patient sont donc essentiels avant d’entreprendre une épilation laser.
Et pourtant, dans certaines circonstances, un traitement par laser ou lumière pulsée peut stimuler une pilosité fine au lieu de la réduire : c’est l’hypertrichose paradoxale, un phénomène connu mais peu fréquent. Une stimulation thermique insuffisante est évoquée parmi ses mécanismes possibles, qui restent imparfaitement compris.
Mais ce phénomène particulier mérite à lui seul un autre article…
Références scientifiques : Lynfield et Macwilliams — Shaving and hair growth (1970) ; Mayo Clinic — Shaving hair: Does shaved hair grow back thicker? ; Grymowicz et al. — Hormonal Effects on Hair Follicles (2020) ; Randall et Ebling — Seasonal changes in human hair growth (1991) ; Kamijo et al. — Active cutaneous vasodilation in resting humans during mild heat stress (2005).